Conflit Corée du nord – Etats-Unis : un point sur la situation

 Après les récentes escalades verbales des présidents Américain et Nord-Coréen ces dernières heures, il nous a semblé intéressant de faire un point sur la situation, bien entendu nous restons attentifs sur l’évolution de ce dossier et ses éventuelles conséquences et les lignes ci-dessous ne sont qu’une vision non-exhaustive et simplifiée de la situation.

Situation nucléaire militaire mondiale : le traité de non-prolifération des armes nucléaires signé en 1968 et adopté en 1970 considère que 5 pays ont l’arme nucléaire (Etats-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni). On peut y ajouter des pays non signataires de l’accord qui ont réalisé et réussi des essais nucléaires comme l’Inde, le Pakistan, la Corée du nord et Israël (qui entretient volontairement le flou sur la situation mais qui détient très probablement l’arme nucléaire) ; au total 9 pays. Il faut noter que c’est un progrès par rapport au passé ou un nombre plus important de pays disposaient/développaient l’arme nucléaire, et ont volontairement/involontairement arrêté leur programme (Afrique du sud, Brésil, Argentine, Suède, Kazakhstan, Biélorussie, Ukraine, Irak et Libye). L’Iran reste dans une situation floue (qui peut changer rapidement) et le Japon semble également en mesure de développer l’arme si besoin.

Forces en présence et intérêt stratégique de chacun dans la région : d’un côté l‘alliance Etats-Unis/Corée du sud/Japon et de l’autre l’alliance Corée du nord/Chine. La présence militaire Américaine est forte dans la région, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous :

Les forces présentes dans la région sont donc très importantes et les tensions ont lieu à plusieurs endroits : à la frontière entre les deux Corées bien sûr, dans les airs avec les essais Nord-Coréens mais aussi en mer autour d’îles contestées par le Japon et la Chine, ou encore autour des îles contestées par la Chine et les Philippines (même si depuis l’arrivée de Duterte Manille et Washington semblent moins proches qu’avant).

Côté Chinois il y a avant tout la volonté d’augmenter son influence mondiale et de profiter de la faiblesse des US sur la scène internationale ces dernières années pour peser de plus en plus. Un peu comme le terrorisme pour le Moyen-Orient, la Corée du nord est pour la Chine un outil stratégique et un moyen indirect de tester en permanence l’autorité Américaine et d’augmenter toujours plus son influence mondiale. La question est de savoir dans quelles proportions la Chine contrôle actuellement les actions du régime de Pyongyang. Pour Pékin cet allié commence à devenir gênant et le coût géopolitique que cela représente est de plus en plus important, même si une réelle collaboration avec Washington semble compliquée pour le moment. Pour Pékin : aucun intérêt à une escalade dans ce conflit, peu d’intérêt à un retour en arrière mais un intérêt important au statut quo.

Côté Américain, après des années d’absence internationale sous l’administration Obama (Ukraine, Corée du nord, Syrie/état islamique) l’administration Trump a la volonté de reprendre le leadership mondial avec plus de force que son prédécesseur. Mais le retour en force de la Russie et l’expansion de la Chine dans ce domaine ne laisse que peu de place, la crédibilité de Trump (ce qu’il en reste en tout cas) est en jeu sur ce dossier aussi. Pour le président US c’est aussi l’occasion de se focaliser sur un autre sujet (qui en général fonctionne) après des débuts difficiles et toujours aucune réforme passée malgré de nombreuses tentatives. Pour Washington : aucun intérêt à une escalade dans ce dossier, peu d’intérêt au statu quo (même si cela semble la moins pire des situations en ce moment) et un grand intérêt à un retour en arrière (qui semble le scénario le moins probable dans ce dossier).

Côté Nord-Coréen, les dirigeants ne voient pas d’autre issue que le développement rapide de l’arme nucléaire et la menace permanente qu’elle permet au pays d’exercer : Pyongyang sait très bien qu’une guerre nucléaire signifierait la disparition du pays en quelques heures, mais en même temps si la menace n’est pas assez forte le pouvoir en place risque un coup d’état/envahissement à tout moment (les cas Ukrainien, Libyen, Irakien et Syrien illustrent bien cette peur : ces pays n’ont pas eu le temps de développer l’arme nucléaire à temps, ou dans le cas de l’Ukraine ont renoncé à ces armes, et ont été récemment envahis). Clairement la situation Nord-Coréenne perdure à cause de l’allié Chinois, qui empêche toute invasion étrangère et maintient en place le pouvoir actuel en lui fournissant pétrole, liquidités et accès aux différents marchés Chinois. Les sanctions adoptées la semaine dernière (et votées par la Chine aussi) ne changeront pas grand-chose tant que la Chine ne semble pas décidée à se passer de cet atout stratégique que représente la Corée du nord. Le régime de Pyongyang de son côté ne peut plus faire marche arrière sur l’ouverture et le développement du pays sans risquer un soulèvement populaire interne/envahissement étranger. Pour la Corée du nord : aucun intérêt à une escalade dans ce dossier, mais aucun intérêt non plus à revenir en arrière, le statu quo semble la seule solution envisageable pour survivre.

Pour le moment, les US ne sont clairement pas en position d’attaquer : il y a beaucoup trop de préparatifs à faire d’abord (des milliers de familles Américaines à évacuer, des troupes à envoyer sur place, etc.), il y a aussi la menace permanente de Pyongyang sur Séoul avec un affrontement militaire direct qui ferait probablement des dizaines de milliers de morts dans la capitale Sud-Coréenne. En cas d’attaque contre la Corée du nord la Chine posterait probablement immédiatement son armée en Corée du nord pour empêcher toute intervention. Il existe également une partie importante de la classe politique Américaine qui considère que tout le possible a été fait sur le plan diplomatique depuis 2003 (date à laquelle la Corée du nord sortait du traité anti-nucléaire) et qu’il faut désormais passer à une méthode plus directe et ne pas attendre que l’arsenal nucléaire Nord-Coréen ne devienne trop important avant de se décider à intervenir. Ce point de vue trouve un écho important ces derniers jours aux Etats-Unis même si une partie de la population ne semble pas convaincue qu’il faille intervenir rapidement, une attaque Coréenne contre l’île de Guam par exemple pour changer immédiatement ce ressenti interne aux US. Indirectement il est possible que les alliés US/Corée du sud/Japon amplifient la pression sur la Chine afin que la situation évolue : la Chine ne bougera probablement que quand elle percevra un vrai danger de la part de Pyongyang et que le coût de cette alliance stratégique deviendra trop élevé. La Chine peut aussi jouer un rôle identique à celui de la Russie dans le dossier Syrien : laisser la situation empirer de manière importante puis apparaître comme le seul leader mondial capable de mettre fin au conflit, ce qui serait important dans sa quête de reconnaissance (en plus de pouvoir dicter une réunification éventuelle des Corées selon ses conditions et d’exiger une moindre présence Américaine dans la région). La Chine est clairement le pays qui a le plus de cartes à jouer dans ce dossier. En conclusion il n’est pas possible d’exclure des déclarations/décisions/attaques militaires non concertées et irresponsables de la part du président Américain comme du président Nord-Coréen, c’est bien la partie la plus à risque de ce dossier…tout peut arriver donc.

Que faire sur son portefeuille d’investissements ? Il y a bien sûr un risque important à ce que le problème escalade et débouche sur un affrontement militaire important. Il s’agît d’un choix binaire et avec une impossibilité de deviner le timing de cette éventuelle (mais peu probable) escalade. La traduction de ce choix binaire est donc : soit de vendre tout le portefeuille (ce qui est en général presque toujours une mauvaise idée, même en cas de réalisation de l’évènement en question, exemple Brexit) soit de ne pas bouger et d’espérer que les choses se stabilisent (même si elles ne s’arrangeront pas à court/moyen terme). Nous conseillons ce second choix et ne faisons donc pas de mouvement dans le portefeuille. Pour le moment les indices actions ont peu baissé (légère consolidation hier et aujourd’hui) et l’indice de stress VIX reste sur des niveaux très bas, ce qui suggère que les marchés ne croient pas en une escalade militaire pour le moment (ce qui n’est bien sûr en rien une garantie). Nous resterons attentifs sur le sujet et communiquerons ultérieurement si besoin. En attendant nous espérons bien sûr qu’il n’y aura pas d’escalade dans ce dossier compliqué.