Point Mensuel Décembre 2018 – Crédit Agricole PG Investissements

Une année 2018 paradoxale où les fondamentaux auront été solides (croissance et résultats d’entreprises) mais où les inquiétudes liées aux tensions politiques (US/Chine et Fed principalement) auront fait baisser l’ensemble des actifs financiers en fin d’année. Les marchés actions mondiaux reculent tous en 2018 : -6% aux US, -15% en Zone Euro, -16% pour les émergents et -18% pour l’Allemagne et le Japon, nos portefeuilles types reculent de -9% cette année. Voici en détail l’année passée et notre stratégie pour les années à venir.

Par rapport à nos concurrents (catégorie Quantalys allocation Monde offensive) notre avance est de +18,3%, avec une performance globale de +65,5% depuis le 31/12/2011. Résultats de nos conseils d’investissements au 31/12/2018 :

Comme chaque mois, voici le tableau des performances des investissements que nous conseillons : nous avons investi 100 000 euros sur chaque portefeuille type au 31 Décembre 2011, et nous donnons donc la performance du portefeuille et de chaque ligne pour les supports PEA et assurance-vie (Floriane et Espace Liberté) au 31/12/2018.

Portefeuille type PEA : valorisation : 166 400 €

Portefeuille type Assurance-vie (Floriane et Espace Liberté 1 & 2) : valorisation : 159 200 €

(*Prem’Opcimmo : performance finale pas encore disponible pour 2018)

Répartition du portefeuille actuel :

Retour sur l’année 2018 :

Pour cette septième année de nos portefeuilles types nous aurons connu une année paradoxale où la croissance mondiale aura été forte (autour de 3,7%), où les résultats des entreprises auront atteint des niveaux records, mais où les inquiétudes liées aux tensions politiques et économiques (US/Chine et Fed principalement) auront fait baisser l’ensemble des actifs financiers en fin d’année. Voici les principales catégories d’actifs financiers pour 2018 : plus de 90% des actifs sont négatifs cette année :

Bien sûr nous ne sommes jamais satisfaits d’une année négative, même si notre diversification nous aura permis de limiter la baisse à -9% sur nos portefeuilles types contre -15% en moyenne pour les fonds actions Zone Euro par exemple. Nous comprenons le mécontentement et l’inquiétude qu’une baisse de marché peut provoquer, surtout pour les nouveaux investisseurs. Sans faire de lien entre ces 3 périodes (chacune avait une dynamique différente) mais simplement pour mettre en perspective la situation actuelle, voici la correction des actions mondiales de fin 2018 par rapport à celles de l’été 2015 et de l’hiver 2016 :

(Seules les périodes de baisse sont présentées ici, en 2015 le marché action mondial avait ensuite rebondi de 17% en deux mois et en 2016 de 46% en deux ans)

Globalement nous nous attendions donc plutôt à une année positive vu les bons fondamentaux économiques et financiers (même si nous l’attendions moins positive que l’excellente année 2017, voir nos prévisions de début d’année lien ici), c’était le cas jusqu’en octobre : après un hiver compliqué (baisse d’environ 9%) les marchés actions ont bien rebondi (+12%) permettant ainsi à nos portefeuilles types d’atteindre un nouveau plus haut début octobre, principalement grâce à nos positions sur les actions Américaines et le dollar. En octobre les marchés corrigent suite à la dégradation des relations Etats-Unis/Chine, aux fortes baisses des actions techno/internet, à la hausse relative des taux US, au rejet du budget Italien par la commission Européenne, aux incertitudes concernant les élections Américaines, à des anticipations de résultats trop élevées pour 2018 ainsi qu’aux interrogations sur les perspectives économiques mondiales après deux ans de hausse. Les actions rebondissent en novembre dans l’attente du G20 et après avoir également été rassurées par les élections Américaines et les résultats d’entreprises pour le troisième trimestre. Le début du mois de décembre est positif, l’accord du G20 est apprécié par le marché (Etats-Unis et Chine se donnent 3 mois pour négocier), à ce moment-là le portefeuille est revenu à l’équilibre depuis le début de l’année. Le marché semble en route pour une hausse de fin d’année, mais la politique (Américaine principalement) va en décider autrement :

  • A peine deux jours après l’accord US/Chine on apprend l’arrestation au Canada de la directrice financière (et fille du fondateur) de Huawei, géant technologique Chinois (numéro deux mondial du smartphone avec plus de 14% de parts de marché, derrière Samsung et devant Apple). C’est perçu comme un affront en Chine et cela met clairement en doute l’accord tout frais entre les Etats-Unis et la Chine. Le timing et la cible sont particulièrement mal choisis, en conséquence les actions mondiales chutent de 5% en 4 séances suite à cette annonce qui fait penser que l’accord entre les deux pays n’est pas sérieux.
  • Suite à cette mauvaise surprise, la tension monte et tous les regards se portent sur la réunion de la Fed des 18 et 19 décembre. Les statistiques économiques sont toujours aussi bonnes aux Etats-Unis : le pays est au plein emploi à 3,7% de chômage, les salaires montent, la confiance est au plus haut, les profits aussi, la croissance a doublé et est au-dessus du potentiel pour la seconde année consécutive : impossible dans ces conditions de ne pas monter les taux de 0,25%. La réunion s’annonce difficile pour le patron de la Fed : les tweets permanents de D.Trump annoncent que « le seul problème de l’économie Américaine est la Fed, qui ne doit absolument pas monter les taux », de plus les marchés ont déjà bien corrigé et la volatilité est revenue sur un niveau plus élevé à cause des récents problèmes avec la Chine, à Wall Street l’attente est donc que la Fed annonce une pause dans la hausse de taux dès 2019 et plus globalement qu’elle continue de se montrer à l’écoute des marchés comme cela a été le cas les années passées. J.Powell se retrouve dans une situation compliquée : soit il cède aux pressions de Wall Street et du compte Twitter de D.Trump (et calme les marchés mais se décrédibilise), soit il suit les données économiques (et maintient la crédibilité de la Fed et son indépendance). Il fera le choix courageux de la seconde option, ce qui est sain (il est important que la Fed se soucis uniquement de l’économie et de l’inflation et non de la performance mensuelle des marchés actions ou des idées du président), Wall Street n’apprécie pas : -6% en 6 séances suite à cette annonce. Il faut dire que jusqu’ici l’attention des patrons de la Fed envers les marchés était forte : B.Bernanke et J.Yellen ont toujours préférer écouter le marché d’abord et l’économie ensuite. Ce qui est plutôt curieux : J.Yellen et B.Bernanke étaient économistes mais ont toujours plus écouté les marchés que l’économie, alors que Powell (qui a été un investisseur professionnel) vient de faire l’inverser et d’ignorer les marchés.

La baisse des marchés suite à ces deux évènements semble être un message clair des marchés (Américains surtout) aux autorités : « 1) : trouvez un accord avec la Chine, 2) ne montez plus les taux ». Et ce n’est pas un hasard si depuis les négociations ont repris avec la Chine et que les « dots » (prévisions) de la Fed ne font plus apparaître que 2 hausses de taux en 2019 et non plus 4 comme c’était le cas il y a peu.

Ensuite D.Trump entre clairement en campagne pour 2020 (pour détourner l’attention des deux problèmes ci-dessus ?) : le 20 il tweet sur un départ militaire de Syrie (cela ne concerne en réalité qu’un effectif très réduit) et en conséquence le lendemain son secrétaire d’Etat à la défense James Mattis démissionne (encore un). Le 22, pas d’accord sur le relèvement du plafond de la dette publique sans que le financement du mur à la frontière Mexicaine soit pris en compte, une partie du gouvernement ferme pour la 3eme fois cette année (« shutdown »). Le 22 également, des rumeurs que D.Trump chercherait à limoger J.Powell (Fed) pour sa dernière hausse de taux, rumeurs démenties ensuite.

Le 26 les marchés actions Américains enregistrent leur plus forte hausse depuis dix ans (entre 5 et 6% de hausse sur une seule séance). Le 27, après avoir reculé de 3% dans la journée les indices US clôturent la séance autour de +1%, l’un des plus forts rebonds jamais enregistrés dans une journée. Ces fortes hausses sont selon nous liées à la spéculation (les vendeurs à découvert obligés de se racheter, en plus des mouvements d’achats et de ventes automatiques programmés via les algorithmes), Amazon en est un exemple clair : hausse de 10% dans la seule journée du 27 (après l’annonce de ventes de noël en forte hausse aux Etats-Unis), cela ne fait que confirmer notre conviction que l’économie Américaine se porte bien et qu’une partie important de cette baisse de fin d’année est liée à la spéculation (en général un tel rebond sur une seule séance donne une bonne indication de la force de spéculation à la baisse qui est en place).

Autre raison de la baisse de fin d’année : l’effondrement des cours du baril de pétrole ces 3 derniers mois. L’année avait démarré autour de 66$ pour le baril de Brent et aura fini en baisse de 18% autour de 54$, rien de très impactant dans l’absolu. Sauf que le problème se situe sur l’amplitude des mouvements dans l’année : le baril est monté à 86$ avant de chuter de 40% en trois mois en fin d’année :

Comme en 2016 le choc pétrolier impacte les marchés actions (les valeurs pétrolières pèsent beaucoup dans les indices et étaient en plus l’un des secteurs les plus performants en 2018). Cela est en général un soutien décalé dans le temps, comme en 2016 : négatif de suite pour les marchés avec la baisse des valeurs pétrolières et positif ensuite pour l’économie et les autres secteurs quelques mois plus tard.

La correction de 2018 aura également mis fin à quelques bulles : nous avions souvent abordé le sujet des valorisations trop élevées de certains actifs comme les actions techno/internet, après 25% de baisse pour Amazon ou encore 35% pour Facebook le secteur semble avoir corrigé l’exagération précédente. L’immobilier a également ralenti dans les grandes capitales et les obligations ont corrigé (même si elles restent encore trop chères par rapport à leur rapport rendement/risque). Globalement pour les investisseurs de long terme que nous sommes ce genre de correction des actifs surévalués est sain, le seul problème cette année est que cette baisse a aussi entrainé avec elle d’autres actifs qui n’étaient pas survalorisés (la plupart des marchés actions, notamment Européens) et pour lesquels la correction nous semble exagérée puisque ces actifs sont désormais sous-valorisés (on y reviendra plus en détail). Pour ceux qui suivaient la mode des « crypto-monnaies », ce marché qui pesait 600 milliards $ l’an dernier n’en pèse plus que 100 après l’effondrement des cours de plus de 80% du bitcoin et autres, nous maintenons notre conseil initial : en rester éloigné (même à ce prix).

Perspectives pour 2019 et les années suivantes :

Actions : pour les marchés actions la principale différence avec 2018 est que les attentes sont devenues très (trop ?) pessimistes pour 2019, alors qu’elles étaient très (trop ?) fortes pour 2018. Le marché compense parfois (souvent) une exagération dans un sens par une exagération dans l’autre sens, les marchés mettent aujourd’hui dans les cours une probabilité de récession forte pour 2019 (proche de 50% sur les cours actuels) ce qui nous semble trop pessimiste. Par rapport aux baisses de 2015 et 2016 la situation économique est plus positive aujourd’hui, à l’époque les US affichaient une croissance inférieure à 2% et la Zone Euro sortait à peine de récession, le baril était sur des niveaux dangereusement bas pour le secteur (en dessous de 30$) et les profits des entreprises étaient moins élevés (et même sans l’effet réduction de taxe les actions Américaines ont monté leur résultat net de 12% cette année, remarquable compte-tenu des niveaux actuels). De plus, une partie des inquiétudes de cette année pourrait se transformer en soutien pour l’an prochain : la Chine continue de piloter son économie avec succès depuis plusieurs années déjà, et après le ralentissement récent (en voulant épurer en partie le système de crédit parallèle) nous ne sommes pas inquiets sur leur capacité à continuer ce pilotage. Le pétrole bon marché devrait peser positivement sur l’ensemble des autres secteurs (soutien à la consommation dans la plupart des pays comme nous l’avions détaillé dans le point mensuel du mois dernier). Du côté Européen, l’accord entre l’Europe et l’Italie et la France concernant le dérapage assumé des finances publiques va soutenir de nouveau la consommation et l’activité à court terme, globalement cette relance budgétaire non-officielle est en place dans la grande majorité des pays et va encore augmenter en 2019. Les taux longs Américains sont redescendus, la Fed a fait un pas en arrière sur les hausses de taux de 2019 et la BCE pourrait faire un LTRO de plus (liquidités supplémentaires). En janvier les publications de résultats des entreprises devraient rassurer une partie des investisseurs. Si en plus la Fed va moins à contre-sens du marché, que la BCE ne fait pas d’erreur de communication et que Chinois et Américains continuent leurs discussions alors il y a bien une possibilité de rebond (encore plus sur les niveaux actuels de valorisations). C’est aussi pour cela que nous ne modifions pas notre allocation et restons fortement exposés aux actions. Il faut également considérer le fait que le reste des placements ne rapporte toujours qu’entre -1% et 1%, alors que les actions Européennes notamment offrent actuellement des dividendes de plus de 4%.

Obligations : nous n’avons plus de position obligataire dans nos conseils (une position qui a représenté jusqu’à 30% du portefeuille mais que nous avons allégé au fil du temps et des opportunités depuis 2012). Nous ne voyons pas de risque particulier sur les obligations d’entreprises (qui composent la grande majorité des fonds euro par exemple) car la situation des bilans est saine et solide, mais le rendement reste faible. Du côté des obligations d’Etats, le rendement est très faible et même si il n’y a pas de risque à court terme (merci la BCE) il existe selon nous un vrai risque à plus long terme (dettes irremboursables pour de nombreux pays, reste à savoir quand et comment cela se règlera, selon nous via les banques centrales, mais c’est un problème pour plus tard). Notre conviction sur les taux est toujours la même depuis 2015 : pas de place pour remonter réellement en Europe (et pareil ailleurs en dehors des US), aux Etats-Unis on a atteint le niveau neutre, difficile d’aller au-dessus. D’une manière globale nous pensons que le monde a changé et que les taux bas resteront une réalité pour un certain temps au moins, sous les effets d’une inflation globale toujours absente (notamment liée à la techno-déflation). A court terme il y a un problème entre ce que fait la Fed (qui donne le taux court) et ce que pense le marché (qui donne le taux long), les deux vont en sens opposés actuellement. A plus long terme le marché obligataire nous semble le plus problématique : nous ne trouvons aucun sens économique à ce que des pays empruntent à taux négatifs ou encore à ce que des pays comme le Portugal ou l’Espagne empruntent moins cher que les Etats-Unis. Le travail des banques centrales est donc toujours très présent, loin du désengagement supposé qui est avancé comme une menace récemment.

Monétaire : comme les années précédentes, une performance légèrement négative, toujours aucun intérêt à terme (en dehors de placements d’attente et autres exceptions).

Or : les performances restent faibles pour l’or, même si moins négatives que les années précédentes. Nous en restons éloignés globalement, dans notre portefeuille seul le fonds First Eagle en détient (portefeuille type assurance-vie).

Immobilier : la période de taux historiquement bas, l’amélioration de la conjoncture économique et l’augmentation des subventions (40 milliards € par an) auront soutenu les prix de l’immobilier en France ces dernières années. Cependant en dehors de Paris la performance reste très faible : voici ci-dessous la progression des prix immobiliers ces dix dernières années :

On voit que si l’immobilier Parisien affiche une belle hausse ces 10 dernières années (40% bruts, auxquels il faut enlever environ 10%-12% de frais de notaire, foncier, etc.), le reste du pays n’est pas du tout dans la même tendance : les zones rurales et une bonne partie des villes ont connu une baisse de prix ces dix dernières années (qui va jusqu’à -14% en moyenne, avant même d’y intégrer les différents frais). Il y a deux marchés immobiliers en France : celui de Paris (et de quelques niches de type bord de mer et autres) et le reste. Seule cette première partie peut être considérée comme un actif refuge, nous ne serons pas les premiers à dire qu’il convient d’être très sélectif dans ses choix et de bien prendre en compte tous les paramètres avant d’investir en ayant une approche réaliste lors des calculs de rentabilité. Traduction : les loyers monteront difficilement, les taxes monteront facilement, les taux ne baisseront probablement plus, les subventions augmenteront difficilement. Une vraie stratégie de gestion de ses investissements immobiliers s’impose donc de plus en plus selon nous, de la même manière que nous le faisons ici pour un portefeuille d’investissements financiers. (Le discours du logement principal est bien sûr différent, nous parlons ici de l’immobilier en tant qu’investissement).

En résumé pour l’ensemble des classes d’actifs, l’environnement n’ayant pas fondamentalement changé nous continuons de voir les mêmes perspectives que celles présentées ici ces dernières années : seul l’investissement dans les entreprises (actions cotées et non-cotées) peut permettre un rendement conséquent en profitant de l’activité économique mondiale, les autres actifs continueront d’afficher des rendements faibles comme c’est déjà le cas depuis plusieurs années maintenant (immobilier, obligations, monétaire, or), bien sûr il est toujours important de maintenir une bonne diversification entre ces deux catégories. La seule différence par rapport à ces dernières années est que la valorisation des entreprises cotées est beaucoup plus attractive actuellement (sous le double effet d’une baisse des cours en fin d’année et d’une hausse des profits).

Les risques à court terme :

Comme toujours le risque politique reste le principal risque à court terme, il s’est manifesté fin 2018, comme nous le rappelons toujours il est permanent et imprévisible. Une partie de ce risque pourrait se concentrer sur les tensions entre les Etats-Unis et la Chine, mais aussi entre D.Trump et le reste du gouvernement Américain, la gestion du Brexit ainsi que les problèmes Européens (identitaires/migratoires/sociaux ou encore déficits/dettes) et leurs conséquences politiques (dans une période où le couple Franco-Allemand est en difficulté en interne et où les élections Européennes de mai s’annoncent déjà compliquées). Globalement, l’économique n’est plus le problème principal depuis plusieurs années déjà, le social/politique est bien le risque actuel et futur.

Du côté des risques financiers : la question sera de voir comment les banques centrales vont gérer la suite, pour la Fed le cycle de hausse de taux semble déjà toucher à sa fin en 2019, pour la BCE l’hypothèse de pouvoir monter les taux vers 0% (actuellement à -0,4%) est compliquée et dans tous les cas il semble impossible de procéder à une remontée de taux telle que la Fed a pu le faire ces dernières années. Les taux devraient donc rester proches de 0% en Europe et ne pas aller beaucoup plus haut dans le reste du monde développé (ce qui est notre position depuis 2015, nous ne voyons pas de changement pour le moment). Il faudra également regarder qui prendra la suite de Mario Draghi à la tête de la BCE après son départ prévu pour octobre, nous pensons que ce sera un Allemand, reste à savoir quelle sera sa marge de manœuvre entre une volonté de moins pénaliser l’épargnant Allemand tout en responsabilisant les Etats déficitaires mais sans prendre le risque d’impacter la croissance Européenne.

Concernant les risques économiques : nous n’écartons jamais un risque de récession et restons toujours prudents, mais confiants aussi dans les fondamentaux actuels : 2017 et 2018 étaient deux années solides économiques grâce à un « alignement des planètes » : pétrole pas cher, taux bas et soutiens budgétaires et monétaires, ces soutiens sont toujours là. Nous ne pensons pas qu’une récession puisse arriver prochainement même s’il sera difficile de faire aussi bien qu’en 2017 et 2018, la croissance mondiale devrait rester solide en 2019. Il faudra toutefois regarder comment la tension actuelle sur les marchés peut impacter l’économie dans les mois à venir.

Les principaux défis à plus long terme :

Concernant l’idée que les Banques Centrales auraient moins d’outils qu’avant pour répondre en cas de crise, nous pensons le contraire : les mesures mises en place depuis 2009 (et seulement depuis 2014 2015 en Europe) sont gigantesques en comparaison de ce qui avait pu être fait avant. Ces outils sont donc toujours disponibles si besoin et le marché le sait, il sait aussi que les autorités ont une tolérance à la douleur économique et financière qui tend vers 0 : en cas de nouvelle récession on peut supposer que de nouvelles mesures exceptionnelles seront mises en place. Avec par exemple une distribution financière directe ou indirecte (évoquée un moment en 2016 mais jamais officiellement puisque la croissance était déjà repartie à ce moment-là) ou un effacement partiel d’une partie de la dette publique et/ou privée détenue par la Banque Centrale (là aussi le sujet n’a jamais été évoqué mais la BCE détient un tiers de la dette Européenne désormais, en regardant l’incapacité de la plupart des pays à rembourser leurs dettes on peut penser que l’idée ne serait pas impossible), ce ne sera probablement pas un sujet pour 2019 mais pour plus tard.

En termes géopolitiques le principal sujet actuel reste selon nous les tensions entre la Chine et les Etats-Unis, elles ne sont pas amenées à disparaître : la Chine allant vers son objectif clair et de plus en plus affiché de devenir la première puissance mondiale. La tension commerciale peut passer (notamment parce qu’elle finira par être négative à ces deux pays qui représente environ 50% du PIB mondial) mais cela ne change pas la course de fond que se livrent les deux grandes puissances. Le secteur de la technologie en est un bon exemple : les géants mondiaux sont Américains ou Chinois, d’Amazon à Alibaba en passant par Google, Facebook Baidu ou Tencent, leur duel va bien au-delà de l’aspect commercial c’est un sujet national de sécurité, de développement, de communication, d’innovation, etc. Le changement de régime des Etats-Unis vers moins de mondialisation vient aussi du fait qu’ils ont compris que leurs grandes entreprises ne s’implanteraient pas en Chine aussi facilement que prévu, la régionalisation du monde avait déjà commencé après 2008 mais a clairement accéléré depuis l’élection de D.Trump : moins de mondialisation, plus de protectionnisme.

La transition environnementale : les choses avancent et le mouvement accélère, le principal défi restera selon nous de convaincre tout le monde de l’urgence de la situation tout en développant les technologies nécessaires en parallèle : il reste beaucoup de choses à faire mais jamais le sujet n’a été autant au centre des préoccupations et c’est le plus important à cette étape. Deux paramètres nous semble déterminants pour la suite : 1) faire adhérer tout le monde, surtout l’Asie qui compte deux tiers de la population mondiale, 2) les faire adhérer pour longtemps : même en prenant de fortes mesures environnementales les choses vont probablement continuer de se dégrader dans un premier temps, même sans émission de gaz à effet de serre la température ne va pas se refroidir, au mieux elle se stabilisera ou accélèrera moins vite que prévu, dans tous les cas les effets perçus continueront d’être négatifs dans un premier temps, c’est un risque de rejet de cette transition environnementale qui peut apparaître au fil du temps et qu’on voit déjà avec les Etats-Unis par exemple.

La transition technologique : le développement de nouvelles technologies offre de nombreuses opportunités dans l’ensemble des secteurs d’activité, on en utilise déjà beaucoup au quotidien (communication, médical, transports, logement, etc.) et cela devrait continuer d’augmenter dans les prochaines années. La gestion de cette transition est importante car la technologie peut avoir un effet concentrateur de richesse à certains endroits (monopole de certaines activités comme internet par exemple, ou encore automatisation d’une partie des emplois peu ou pas qualifiés). Il y a également un aspect sécurité important à gérer : l’utilisation de millions de faux comptes sur les réseaux sociaux destinés à relayer de fausses informations pour déstabiliser des pays en période d’élections nous semble un bon exemple pour montrer l’ampleur du sujet.

Les inégalités globales : nous avions déjà abordé le sujet le mois dernier, nous parlons de plus en plus de deux économies et non d’une seule : celle des grandes métropoles mondiales et des élites, et celle du reste du monde, ce phénomène se voit partout (Brexit, élection D.Trump, élections Italiennes, gilets jaunes en France) et est accéléré par une partie des phénomènes présentés ici (la technologie notamment). Voici ci-dessous plusieurs graphiques de l’un des premiers à décrire ce phénomène (R.Dalio de Bridgewater), à gauche la part des emploi ruraux (rouge) et urbains (verts) depuis 1990, au milieu le patrimoine net des 40% les plus aisés (vert) et des 60% les moins aisés (rouge) depuis 35 ans, puis à droite le revenu annuel moyen des 40% des ménages les plus aisés (vert) et des 60% les moins aisés (rouge) depuis 35 ans, tout converge dans le même sens : il y a bien deux économies différentes (ici les graphiques concernent les Etats-Unis mais le même phénomène s’observe ailleurs) :

Les déséquilibres démographiques prennent également une importance grandissante : que ce soit le défi de l’immigration (sociale, économique et climatique) qui se pose désormais dans la grande majorité des pays, du vieillissement de la population dans les pays développés et des conséquences que cela amène en termes de finances publiques, de retraites, de santé, de services publics, de questions identitaires, de politique, etc.

Finances publiques : l’un des grands thèmes actuels et futurs (surtout futur visiblement puisque plus personne n’en parle actuellement) est la gestion des dettes et déficits. La majorité des pays sont touchés mais le notre un peu plus que les autres : étant 27eme sur 27 en Europe cette année au niveau du déficit nous avons clairement des progrès à faire. Il est clair que si nous ne sommes pas capables d’équilibrer nos comptes dans une période de croissance économique alors c’est que le problème vient de nous et que ce n’est pas dans les périodes de récession que nous le ferons. Il n’y a pas grand-chose à espérer du côté des recettes (nous avons déjà la première place mondiale de l’imposition globale), donc il faudra un jour avoir le courage de regarder du côté des dépenses. De plus, il faut prendre en compte les défis énoncés plus haut ici et voir que la dette d’un Etat n’est pas seulement celle qu’il a déjà empruntée dans le passé mais aussi le financement de ses promesses futures (retraites, système de protection sociale, transition environnementale, etc.) et actuellement ces promesses non financées augmentent encore plus vite que la dette réelle.

Les changements politiques récents, appelés « populisme » par défaut, il faudra d’ailleurs trouver une meilleure explication pour ce mouvement qui est désormais mondial (US, Italie, Brexit, Brésil, Grèce, Hongrie, Autriche, Philippines, etc.). Dans de nombreux pays l’absence d’un réel projet commun, basé sur des valeurs et une identité communes, semble le principal problème.

Rappel de notre stratégie d’investissement :

L’adaptation de nos propositions au profil d’investissement de chaque client suit 4 règles principales que vous trouvez tous les mois en bas de page de nos points mensuels. Nous profitons de ce point de fin d’année pour les détailler de nouveau ici.

Le cantonnement : il est important de gérer son patrimoine de manière globale, à la fois l’équilibre entre le financier et le non-financier (immobilier et autres actifs non financiers) mais également le risque, la rentabilité, l’horizon de placement et la liquidité de ces actifs (les disponibilités et garanties nécessaires à court terme et les placements plus dynamiques de long terme). Il est important d’avoir un patrimoine diversifié, bien équilibré entre des liquidités garanties et placées à court terme (type livrets, placements bancaires classiques, fonds euro pour l’assurance-vie, etc.) et des placements plus dynamiques à long terme (investissements dans les entreprises, que ce soit via des actions ou des obligations, immobilier, autres actifs). Une fois cette répartition faite, le cantonnement est la définition d’un pourcentage du patrimoine consacré à chaque poche du patrimoine. C’est également le cas pour les placements dynamiques, avec un conseil et un suivi global sur la totalité des contrats intégrant ces placements (PEA, CTO et UC d’assurance-vie), ce pourcentage est bien sûr différent selon les objectifs et les préférences de chacun (raison pour laquelle nous publions uniquement la partie dynamique de l’assurance-vie par exemple, ensuite chacun peut ajuster le pourcentage de fonds euro à son profil). Ce premier point est important : c’est le point de départ et il est important de respecter cette stratégie ensuite : pour pouvoir apporter la performance espérée cette poche d’investissement doit avoir le temps de travailler (comme n’importe quel autre placement de long terme d’ailleurs). Il faut donner à son épargne l’horizon de ses projets, si c’est la retraite ou la transmission il n’y a pas de raison de vendre avant l’échéance de ces projets-là.

La diversification : elle est forte dans nos portefeuilles types avec plusieurs milliers d’entreprises inclues dans cette vingtaine de fonds actions que nous conseillons : une diversification géographique, de thématiques, de devises, de différentes stratégies et sociétés de gestion. Ne pas empiler du risque par des actions identiques : pour cette raison nous conseillons des lignes différentes et complémentaires entre les portefeuilles types PEA et UC d’assurance-vie. La diversification a pour principal but d’avoir plusieurs moteurs de performance (en plus d’aider à mieux répartir le risque), en étant exposé à l’ensemble des grandes entreprises mondiales on participe à la totalité de l’activité économique mondiale quelque-soit la performance annuelle de telle ou telle zone, par exemple en 2015 les actions de la Zone Euro étaient en tête des performances, en 2016 celles des pays émergents, en 2017 le Japon, en 2018 les Etats-Unis, etc. Un portefeuille qui ne serait investi que sur l’une de ces zones aurait donc en général moins de performance et plus de risque. Nous tenons aussi compte de l’exposition internationale des entreprises concernées (par exemple nous avons une position directe sur les entreprises Chinoises qui est inférieure à 7% du portefeuille mais nous savons aussi que de nombreuses entreprises Américaines et Européennes y sont fortement exposées).

La volatilité/Gestion du risque : nous avons des portefeuilles types qui sont moins volatiles (environ moitié moins) que des indices actions Français ou des actions en direct par exemple. Bien entendu cela n’empêche pas le portefeuille d’être impacté par les périodes de baisses mais à chaque fois (2015, 2016, 2018) nos portefeuilles ont moins reculé que les actions Françaises ou Zone Euro par exemple (des reculs situés autour de 9% contre 15%). Cela est dû à la construction du portefeuille (plus diversifié) mais aussi au choix des secteurs et entreprises, les devises aident également à réduire cette volatilité, c’est encore le cas cette année avec une hausse du dollar de 5% (ce qui concerne un gros tiers de notre portefeuille). Pour les montants importants sur ces placements dynamiques nous conseillons d’entrer en 2 fois (par exemple une première partie qui représente deux tiers de la somme concernée puis un dernier tiers plus tard en cas de baisse, comme c’est le cas actuellement), c’est aussi une manière de gérer la volatilité à court terme.

La communication et le suivi : vous retrouverez tous les mois le point mensuel ici et nous avons également mis en place des visio-conférences où vous pouvez poser vos questions en direct, accessible depuis un ordinateur, un téléphone ou une tablette (lien en bas de page).

Pour donner une certaine perspective à la gestion de son patrimoine, voici un graphique qui date un peu (2012) mais qui est vrai dans chaque pays et à chaque époque. La répartition du patrimoine des Français suit une certaine logique au fur et à mesure qu’il augmente (de gauche à droite) : on commence avec l’épargne liquide, court terme et garantie, ce qui permet une certaine sécurité financière (en violet ici), on investit ensuite dans sa résidence principale quand on le peut (en bleu), ces deux premières parties sont de l’épargne au sens de la sécurité, elles sont nécessaires. Vient ensuite l’investissement, qui vise à développer son patrimoine et se compose toujours de la partie bleue (non plus de la résidence principale mais d’autres investissements immobiliers) et de plus en plus de la partie verte, consacrée à l’investissement financier (on y retrouve les actifs professionnels en rouge mais surtout l’immense majorité des encours en vert : les actifs financiers tels que le fonds euro d’assurance-vie, les actions et obligations d’entreprises) :

Il y a un lien clair entre ce graphique et ce que nous appelons les deux économies dans la partie des défis à long terme présentée plus haut : sur ce graphique le top 1% détient majoritairement des actions, c’est vrai dans tous les pays à toutes les époques. C’est un effet boule de neige permanent : les patrimoines les plus fortunés détiennent majoritairement des actions et ont donc le meilleur rendement à terme, et inversement : les patrimoines les plus fortunés le sont devenus grâce aux actions (que ce soit d’une entreprise coté ou non). De nombreuses recherches intéressantes (comme celles de T.Piketty notamment) abordent la question des inégalités économiques sous l’angle de la répartition du capital (c’est-à-dire des actions) : la concentration des actions impacte clairement le partage de la valeur ajoutée de l’économie.

A ces règles de gestion s’ajoutent de nombreuses convictions que nous avons développées au fil des années, en voici quelques-unes en réponses aux nombreuses questions qu’on peut se poser dans ces périodes de volatilité.

Le but principal de ces investissements dynamiques n’est pas de ne pas perdre d’argent à court terme mais d’en gagner à long terme. La différence est importante (en lien avec le tableau du patrimoine des Français ci-dessus) : si l’on se concentre sur le fait de ne pas perdre d’argent à court terme alors on épargne dans des produits classiques garantis, avec la faible rentabilité qui va avec. Si l’on se concentre sur le fait de gagner de l’argent à long terme alors on prend le risque d’avoir des bonnes et des moins bonnes années, pour avoir au bout de 5 ans, 8 ans, 10 ans des performances supérieures à n’importe quel autre placement (voir graphiques ci-dessous). Un mix des deux (du garanti et du dynamique, selon les principes du cantonnement présentés plus haut) nous semble le meilleur moyen de développer un patrimoine tout en ayant un risque modéré. Voici le graphique du Cac 40 depuis sa création il y a 30 ans, dividendes inclus :

On y voit les différentes hausses et baisses (notamment 2000 et 2008) de ces 30 dernières années, on y voit qu’à court terme on peut tomber sur une bonne ou une mauvaise année mais que cela ne change pas la tendance de long terme et le fait qu’en moyenne les entreprises concernées se portent toujours mieux et leurs actionnaires avec : l’indice est donc passé de 1 000 points à 12 450 points en 30 ans, et cela intègre la totalité des baisses sur la période (y compris l’actuelle). C’est encore plus vrai pour d’autres marchés (d’où le fait que notre première position soit le marché Américain), voici par exemple ici le S&P 500 sur 12 ans (de manière à intégrer en totalité le choc de 2008 et à donner une autre perspective) :

L’ajustement rapide des prix aux nouvelles informations (financières, économiques et politiques) est plutôt sain, même si cela ne fait pas plaisir et qu’en général l’ajustement est toujours exagéré dans un sens ou dans l’autre (printemps 2015 à la hausse ou la période actuelle à la baisse). Cela permet aussi d’éviter des bulles et d’avoir des valorisations ajustées du risque perçu, en tant qu’investisseurs de long terme il est souhaitable d’avoir des valorisations les plus justes possibles. Parfois, comme cela nous semble être le cas en ce moment, le marché utilise également cette tension pour mettre une certaine pression sur les autorités (ce n’est pas un hasard que ce soit surtout le marché Américain qui ait baissé en décembre, quand le président menace de limoger le patron de la Fed ou que celle-ci remonte les taux contre l’avis du marché), c’était aussi le cas en 2015 et 2016 (relance Chinoise et soutien des banques centrales en suivant).

Etre investi en permanence : il y a environ 250 jours ouvrés pour les marchés chaque année et en général une bonne année se fait sur environ 2% du temps, c’est-à-dire que la totalité de la performance annuelle est dû aux 4 ou 5 meilleures séances (c’est aussi vrai dans l’autre sens, seules 4 à 5 séances ont fait de 2018 une année négative). C’est vrai sur un an mais aussi sur dix ans ou vingt ans, d’où notre conviction que pour avoir 100% de la performance il faut être investi en permanence (sinon la probabilité d’être investi sur les bonnes séances est d’environ 2% par an, même en étant investi la moitié du temps on prend un risque important de ne pas être là quand il faut, encore une fois le but est bien de prendre toutes les hausses et non pas d’éviter toutes les baisses, comme montré précédemment sur les graphiques). On comprend aisément que personne ne peut prévoir quelle journée sera le point haut de l’année pour vendre (1 des 250 séances annuelles à priori, soit 0,4% de probabilité), ni quelle journée sera le point bas (de nouveau une chance sur 250) pour réinvestir.

Ne pas se tomber dans la numérologie : les tendances de court terme, en considérant qu’elles existent, ne sont pas claires du tout, le marché monte environ la moitié du temps et baisse l’autre moitié. Même lors d’une correction il n’y a pas 30 journées consécutives de baisses régulières puis ensuite 30 journées consécutives de rebond, la baisse va se faire sur 5 ou 6 séances éparpillées sur la période (comme en décembre) et avec quelques rebonds au milieu, et même chose à la hausse, il est bien sûr impossible de deviner ces mouvements (cela dépend aussi de l’actualité, notamment de l’actualité politique, qui peut aller dans un sens comme dans l’autre durant la journée). Il est aussi difficile d’aller chercher des comparaisons avec le passé, même si c’est le sport favori du milieu financier (regarder les hausses et baisses passées pour tenter de « deviner » le futur, là aussi si ça fonctionnait on le saurait depuis le temps). Les seules à « voir venir » les baisses sont ceux qui les annoncent en permanence (ils refont d’ailleurs la une chaque année à chaque baisse depuis 2008 puis disparaissent de nouveau à chaque rebond). La seule tendance claire est celle de long terme : l’activité économique mondiale se développe toujours plus (encore 3,7% de croissance en 2018), entraînant avec elle les entreprises et leurs actionnaires (qui en profitent de plus en plus avec des dividendes record en 2018). Faire en sorte que son patrimoine profite de cette activité économique mondiale nous semble intéressant. Il y a pire que de prendre les baisses : ne pas prendre les hausses : si l’on reprend le graphique du Cac 40 sur 30 ans le pire n’est pas d’avoir une baisse de 40% en 2008 mais de ne pas avoir les 150% de rebond ensuite. C’est un lien direct avec l’idée d’investir pour les gains de long terme et non pour éviter les pertes de court terme.

Nous comprenons qu’il soit tentant d’essayer d’atténuer ces effets, c’est humain de vouloir réduire le risque et se mettre dans un certain confort : ainsi au fil du temps tout un tas de stratégies plus ou moins bancales se sont développées, de l’analyse technique adaptée aux particuliers, aux « stop-loss » ou à la « sécurisation de plus-values » : jamais nous n’avons vu ces stratégies ne pas pénaliser l’investisseur au final. C’est dans l’air du temps, tout doit être garanti, connu à l’avance et sans surprise, mais la réalité est bien différente. Il ne faut pas être naïf : si l’une de ces stratégies spéciales fonctionnait ça se saurait : des millions de professionnels travaillent sur les marchés chaque jour et nous n’avons jamais vu personne éviter les baisses ou deviner les hausses. C’est contre-intuitif humainement de ne rien faire dans une situation défavorable, mais c’est souvent le plus efficace pour les investissements, l’important est d’avoir une stratégie de long terme et de s’y tenir.

A long terme la performance ne dépend plus vraiment du prix auquel on a investi mais bien de la croissance des profits (qui se retrouvent dans les dividendes ou encore les rachats d’actions, sortes de dividendes Américains), c’est ce qu’on voit sur le graphique ci-dessous, qui reprend les facteurs de performance au fil du temps (d’où vient la hausse des actions), on voit clairement la dépendance aux prix/valorisations à court terme (50% en bleu sur un an) et la dépendance aux fondamentaux à long terme (plus de 87% en gris et violet à 20 ans) :

C’est exactement ce que nous constatons avec nos clients aussi : après une seule année d’investissement les résultats sont principalement liés au moment auquel on rentre (2017 ou 2018 par exemple) alors qu’après plusieurs années la majorité des investissements est positive et ne repasse plus négative même en cas de baisse (comme nos portefeuilles depuis 2012 par exemple).

C’est aussi l’idée des intérêts composés : l’autre conséquence positive d’être investi en permanence et longtemps. C’est l’une des raisons des performances de long terme des actions : les profits (et donc les dividendes) sont toujours plus importants et s’accumulent chaque année. Pour illustrer cela de manière simple prenons comme exemple le dividende versé chaque année depuis 30 ans par Air Liquide :

En 1987 le dividende annuel était d’environ 2% (à 0,22 €), en 2018 il est toujours d’environ 2% (2,65 €), sauf que pour le cours de 1987 cela représente désormais plus de 20% de rendement. Ajoutez à cela le réinvestissement de ces dividendes (ce qui amplifie donc nombre d’actions et donc aussi le montant total futur du dividende) et vous avez un double effet hausse du cours et hausse des dividendes dont les intérêts composés expliquent la performance extraordinaire sur la période (et cela tient compte des fortes baisses temporaires subies au cours du temps, encore -15% cette année par exemple). Le réinvestissement des dividendes est très important, le Cac 40 avec dividendes est à plus de 12 000 points quand le Cac 40 sans dividende est en dessous de 5 000 points, quand vous avez le choix privilégiez plutôt une action supplémentaire plutôt qu’un dividende en numéraire (les conditions sont souvent avantageuses). Les dividendes sont également réinvestis automatiquement dans tous les fonds actions que nous conseillons ici.

Etre moins « volatile » que l’actualité (et que le marché donc) : ne pas se laisser entraîner par l’immédiateté actuelle : les différentes chaînes de télé, journaux et autre presse « spécialisée » ont besoin de cette actualité et changent d’avis tous les jours, une partie des professionnels aussi (le marché est imparfait, trop humain parfois, la présence grandissante des robots sur le marché ne change rien, sauf l’amplification de cet effet), la réalité est bien différente : l’économie mondiale et la santé des entreprises concernées ici ne change pas de 10% en plus ou en moins chaque mois, à l’heure où j’écris ces lignes Apple est en recul de 10% (soit 60 milliards $ de valorisation) parce que son chiffre d’affaires du dernier trimestre devrait être plus proche de 84 milliards $ que des 90 anticipés…une exagération de plus qui illustre bien cette idée. Apple est en baisse de 40% depuis son plus haut cette année. Est-ce que l’IPhone se vend un peu moins bien ? Probablement. Est-ce que la guerre commerciale et une croissance moins forte localement a impacté Apple en Chine ? Probablement. Est-ce que cela justifie une baisse de 40% du cours en 6 mois ? Probablement pas. Voici ci-dessous le résultat net de l’entreprise (en milliards $) :

Au passage on peut citer une marge brute de 40%, un chiffre d’affaires de plus de 270 milliards $ (soit le PIB d’un pays comme le Chili ou la Finlande) ou encore une réserve de trésorerie de 250 milliards $. Bien sûr cela n’est pas une garantie de rebond à court terme, et tout cela peut changer si jamais une récession arrivait, mais avec des fondamentaux comme ceux-là nous restons évidemment investis sur des entreprises comme Apple. L’investissement et une affaire de patience. Les prix à court terme sont plus influencés par la psychologie humaine que par les fondamentaux (à la hausse ou à la baisse), et à long terme c’est l’inverse. En conséquence nous passons notre temps à être à contre-courant des émotions de nos clients, des marchés et des cours : « rabat-joie » quand ça monte en restant prudents et optimistes quand ça baisse en restant confiants.

La dynamique VS le niveau absolu : les marchés ne regardent pas le niveau absolu à court terme : pour les matheux c’est la différence entre la dérivé première et la dérivé seconde, et les marchés sont souvent plus sur la dérivé seconde à court terme (et la première à long terme). Exemple : si on passe de +1,5 à +2 puis à +4 on voit un niveau absolu positif mais surtout une dynamique positive (la dynamique continue d’accélérer en relatif, en plus d’être positive en absolu), quand on repasse ensuite à +3 c’est toujours positif en absolu mais la dynamique ralentit. A l’inverse, si l’on passe de -2 à -1 la dynamique est positive même si le niveau absolu est mauvais. C’est pour cela qu’on voit parfois une action rebondir alors que des pertes sont annoncées par l’entreprise ou au contraire que l’on voit une action baisser malgré d’excellents résultats : c’est la dynamique qui est importante, c’est par là que l’ajustement entre les attentes et la réalité se fait. Les attentes peut-être trop élevées pour 2018 ont en partie produit cet effet en fin d’année. La dynamique est utilisée par les marchés pour tenter de voir la suite du mouvement avec plus ou moins de succès : l’inquiétude n’est bien sûr pas que la croissance Américaine soit à 2,7% (ce qui serait rassurant pour tout le monde) mais qu’elle continue de diminuer et se rapproche de 0.

Comprendre ses investissements : c’est l’un des points les plus compliqués pour un investisseur particulier. Prenons un exemple simple, l’un des secteurs ayant le plus chuté cette année est l’automobile, actuellement les leaders du secteur se paient 6 fois les profits ce qui est une valorisation ridiculement faible qui montre la tension actuelle. En tant qu’investisseur si l’on détient un fonds d’actions Européennes en ce moment on est très probablement actionnaire du groupe Volkswagen, dont l’action a reculé de 20% cette année (comme le marché Allemand d’ailleurs). Pour rappel VW est le numéro un mondial du secteur avec environ 10 millions de véhicules vendus par an, 200 milliards € de chiffre d’affaires et plus de 10 milliards € de résultat net. Le groupe détient également un portefeuille de marques unique (Volkswagen, Audi, Porsche, Lamborghini, Bugatti, Bentley, Seat, Skoda, les poids lourds MAN et Scania, les motos Ducati), mondialement personne n’est à un tel niveau : et ça ne vaudrait que seulement 6 fois les profits ? Pour comparaison une PME locale Française se valorise en moyenne (avec de gros écarts entre secteurs bien sûr) autour de 10 fois les profits, soit presque deux fois plus cher. Il faut garder cela à l’esprit quand on réfléchit à investir ou vendre aux cours actuels. Même chose pour BMW, plus de deux millions de véhicules vendus par an, un rendement du dividende de 5,2% sur les cours actuels, un PER à 6 (valorisation de 6 fois les profits). Il y a bien sûr dans ces cours l’intégration du risque actuel de guerre commerciale, des normes anti-pollution des véhicules (blocage conséquent de la production chez Porsche notamment cette année), ralentissement des ventes de tel ou tel pays, et tout autre argument valable. Chaque actionnaire doit se poser une question simple : est-ce que Porsche, Audi ou encore BMW sont en aussi grande difficulté que le suggère une valorisation si faible ? Est-ce que je dois m’inquiéter pour leur avenir ? Probablement pas. C’est pour cela que nous ne vendons pas. Encore moins à ce prix : dans le même temps les obligations Allemandes à 10 ans rapportent 0,2% brut, et même dans l’hypothèse où les marchés ne remonteraient pas on peut toujours collecter les dividendes. Les dividendes sont une force de rappel, c’est ce qu’il reste quand le marché semble avoir tout oublié, avec plus de 4% annuels en moyenne pour le marché Européen actuellement, et jusqu’à plus de 7% pour certains banques Françaises, cela devrait avoir un impact positif à un moment ou un autre (les profits passent toujours quelque part : soit dans le dividende soit dans la hausse du titre, soit dans les deux comme nous l’avons vu sur Air Liquide plus haut). Nous sommes bien sûr à votre entière disposition pour reprendre en détail chacun des investissements que nous conseillons ici.

Vendre pour une bonne raison : nous ne sommes pas contre le fait de vendre, même si nous le faisons rarement parce qu’uniquement pour des raisons fondamentales. Il y en a 2 pour nous : une récession mondiale et/ou des valorisations trop élevées (disons à partir d’un PER de 18 sur les actions US et 16 sur le reste du monde), c’est arrivé une seule fois ces 7 dernières années : début 2015 les valorisations sont devenues élevées et en conséquence nous avions à l’époque allégé la moitié du portefeuille, la position action était tombé à 50% (voir points mensuels de 2015). Nous ne le faisons pas actuellement parce que nous n’attendons pas de récession mondiale dans les prochains mois et considérons que les valorisations sont très attractives actuellement. Par expérience nous avons vu de nombreux investisseurs (y compris professionnels) vendre pour de mauvaises raisons : parce que le prix baisse et que la tension monte. Cela ne devrait pourtant pas changer la stratégie de l’investisseur, on investit dans une entreprise par rapport à ses fondamentaux et à une vision sur plusieurs années, pas par rapport à ce que pense le marché à court terme (surtout dans ces périodes où tout baisse sans distinction). Egalement, pour chaque vendeur dans ces périodes difficiles il y a toujours un acheteur bien content de pouvoir renforcer son portefeuille pour pas cher. Ne pas vendre les actions quand elles ne sont pas chères (voire même les renforcer) signifie que nous sommes souvent à contre sens : il faut rester investi quand la tension est là (voire même renforcer ces investissements). C’est ce que nous faisons, cela améliore les performances de long terme même si c’est plus difficile à expliquer sur le moment : la simplicité serait de suivre le mouvement global, acheter quand ça va c’est-à-dire cher, et vendre quand ça ne va pas c’est-à-dire pas cher, mais cela diviserait en deux votre performance et ce n’est pas notre but.

Nous gardons toujours une grande humilité et une certaine prudence quant au futur, tout en étant confiants dans notre stratégie et dans les convictions que nous vous avons présentées ci-dessus. Merci d’être arrivé jusqu’à la fin de ce point particulièrement long cette année, merci également de votre confiance pour cette 7eme année de publication de notre point mensuel, nous vous souhaitons une excellente année 2019

Voici les liens d’inscriptions des prochaines visio-conférences :

Le 7 janvier à 18h30 : https://attendee.gotowebinar.com/register/7763556340996843265

Le 5 février à 18h30 : https://attendee.gotowebinar.com/register/431737929079569665

Le 5 mars à 18h30 : https://attendee.gotowebinar.com/register/8324455705232400385 

A surveiller dans les prochaines semaines :
– situation géopolitique : protectionnisme US/Chine, tensions Trump/Fed, gestion du Brexit
– spéculation sur les marchés actions et sur le cours du pétrole
– mouvements sur les taux d’intérêts (principalement Américains, notamment l’écart entre les taux courts et longs) et déclarations des banques centrales sur leurs intentions (surtout Fed et BCE)

Les arbitrages : pas de mouvement ce mois-ci.

Bons investissements à tous, je vous donne RDV le 4 février pour le prochain point mensuel, n’hésitez pas à nous contacter : votre conseiller habituel, le service CAPG Gestion Conseillée (pggc@lefil.com) et moi-même (thomas.lombardi@lefil.com) sommes à votre entière disposition.

 

L’illustration graphique présentée ne constitue pas une prévision de la performance future de vos investissements. Elle a seulement pour but d’illustrer les mécanismes de votre investissement sur la durée de placement. L’évolution de la valeur de votre investissement pourra s’écarter de ce qui est affiché, à la hausse comme à la baisse. En poursuivant votre navigation, vous reconnaissez avoir pris connaissance de cet avertissement, l’avoir compris et en accepter le contenu. Les informations et analyses diffusées par Parlons Patrimoine ne constituent qu’une aide à la décision pour les investisseurs. La responsabilité de la caisse régionale Crédit Agricole Pyrénées Gascogne ne peut être retenue directement ou indirectement suite à l’utilisation des informations et analyses par les lecteurs. Il est recommandé à toute personne non avertie de consulter un conseiller professionnel avant tout investissement. Ces informations indicatives ne constituent en aucune manière une incitation à vendre ou une sollicitation à acheter.
Les investissements présentés ici sont dynamiques et présentent un risque de perte en capital
L’adaptation de nos propositions au profil d’investissement de chaque client suit 4 règles principales :
– Cantonnement : définition d’un pourcentage du patrimoine financier soumis au risque, avec un conseil et un suivi global sur la totalité des contrats intégrant ce risque (PEA, CTO et UC d’assurance-vie)
– Diversification : géographique, thématique, devise, différentes stratégies et sociétés de gestion, ne pas empiler du risque par des actifs identiques : lignes différentes entre PEA, CTO et UC d’assurance-vie
– Volatilité/Gestion du risque : risque global (volatilité) relativement faible (par rapport au cac40 ou aux actions en direct par exemple), complémentarité des lignes dans le but de construire un portefeuille équilibré
– Communication/suivi : mail et article mensuel sur le blog parlons-patrimoine, visio-conférence mensuelle