Point Mensuel Janvier 2017 – SPECIAL Stratégie d’investissement – CAMPG Investissements et Economie

L’année 2017 commence bien avec un nouveau plus haut historique sur nos portefeuilles ce mois-ci à +62% depuis lancement, bien soutenus par la très forte hausse des pays émergents (+5% en moyenne sur nos lignes en janvier). On notera aussi le rebond de l’euro face au dollar (+3%) ou la tension sur les obligations. Dans ce point mensuel spécial stratégie d’investissement nous vous présenterons nos convictions pour les années à venir.

Par rapport à nos concurrents (catégorie Quantalys allocation Monde offensive) notre avance est de +12,9%, avec une performance globale de +62,1% depuis le 31/12/2011. Résultats de nos conseils d’investissements au 31/01/2017 :

Comme chaque mois, voici le tableau des performances des investissements que nous conseillons : nous avons investi 100 000 euros sur chaque portefeuille type au 31 Décembre 2011, et nous donnons donc la performance du portefeuille et de chaque ligne pour les supports PEA/compte-titres et assurance-vie (Floriane et Espace Liberté) au 31/01/2017.

Portefeuille type PEA/Compte-titres : valorisation : 163 500 €

(Templeton n’est pas PEAble mais il est également disponible dans les assurances-vie Floriane et Espace Liberté)

Portefeuille type Assurance-vie (Floriane et Espace Liberté) : valorisation : 155 500 €

Voici d’abord les convictions de Bill Gates et Warren Buffett que nous avons eu la chance de recevoir sur le campus la semaine dernière, (lien en anglais ici). Résumé en trois mots : curiosité, optimisme et vision. La transversalité des connaissances de Bill Gates est impressionnante, de l’informatique bien sûr à la médecine en passant par les finances publiques ou l’environnement, actuellement toujours très impliqué dans sa fondation  il a souligné l’incroyable univers dans lequel nous vivions désormais et notamment l’accès presque infini aux connaissances, il dit lui-même passer des heures à regarder toutes sortes de documentaires/formations en ligne sur de nombreux sujets comme l’économie, la biologie, ou le climat. Ils désignent la curiosité comme étant un paramètre fondamental de réussite aujourd’hui plus que jamais, les deux rappellent aussi l’importance d’apprécier ce que l’on fait professionnellement (les deux sont passionnés par ce qu’ils font) et de se confronter en permanence à des visions différentes pour progresser, ou encore de passer plusieurs heures par jour à lire (5-6 par jour pour eux). Warren Buffett est lui toujours au travail à 86 ans, il aura passé « sa vie à expliquer qu’il faut investir sur le long terme » (nous ne pouvons que répéter la même chose), son recul et sa vision globale sont toujours aussi précieux, il n’a pas d’inquiétude particulière sur l’avenir quand on voit d’où l’on vient et tout ce que l’on a créé ces 50 dernières années, les périodes de tensions et d’incertitudes sont normales et il faut bien mesurer les progrès accomplis ces dernières décennies dans tous les domaines. Côté investissement il rappelle qu’il a investi sur le Dow Jones quand il était à 100 (on a touché 20 000 cette semaine, nouveau record historique, et c’est hors dividendes…), et qu’il ne voit aucune raison que cela ne continue pas dans ce sens, qu’il a entendu toute sa vie des menaces de risques apocalyptiques qui ne se sont jamais réalisés et que tout finit toujours par avancer. Les secteurs qui les intéressent le plus pour les prochaines années sont la médecine, l’environnement, le numérique et technologie.

En ce qui nous concerne, le mois dernier nous avions fait le point sur ces 5 premières années d’investissements ensemble au travers de nos points mensuels (lien ici), ce mois-ci nous présentons notre stratégie d’investissement pour les 5 années à venir. Durant ces 5 dernières années nous avons probablement vu les plus grands changements économiques (internet/technologie/innovation) et financiers (banques centrales/taux négatifs) de l’histoire, il est probable que les 5 prochaines aillent encore plus loin dans le changement. Faire des prévisions est un exercice toujours très difficile, surtout quand cela concerne le futur, mais cela n’empêche pas d’avoir des convictions. En toute modestie et sans prétendre prédire le futur, voici notre scénario central pour les années à venir en termes économiques et financiers :

Nos convictions d’investissement pour les 5 prochaines années (et la raison principale) :

Positif :
– Actions US, entre 30 et 50% d’un portefeuille actions (potentiel)
– Actions Europe/Euro, entre 25 et 40% (potentiel)
– Actions émergentes, entre 5% et 20% (potentiel)
– Actions Japon, entre 5% et 15% (potentiel)
– Thèmes : vieillissement, sécurité, rendement ou encore environnement (potentiel)
– Immobilier d’entreprises (diversification) et SCPI (diversification)
– US dollar et autres devises en dehors du Yen (diversification)
– Private Equity/Entreprises non cotées, FIP, FCPI (diversification et potentiel)

Neutre :
– Immobilier de particulier (déséquilibre offre et demande mais subventions importantes, différence entre les grandes métropoles et le reste du pays)
– Fonds diversifiés actions et obligations (positifs actions mais négatifs obligations)
– Obligations d’entreprises (à cause du rendement, mais risque faible.
– Or (à cause du risque et du rendement, mais cours actuel très bas)

Négatif :
– Actions survalorisées et sans profit réel (à cause du risque)
– Investissements alternatifs comme le vin, les forêts, etc. (à cause du risque)
– Obligations d’Etats (à cause du risque et du rendement)
– Monétaire (à cause du rendement)
– Tout investissement dont le principal but est fiscal et non économique (à cause du risque)

Voici en détails nos convictions sur chaque actif :

Actions : le meilleur actif de ces 5 dernières années devrait l’être encore les 5 prochaines, même si cet actif présente toujours plus de volatilité que les autres, ses principaux facteurs sont tous bien orientés à moyen/long terme : les profits des entreprises, l’activité économique mondiale, les relances budgétaires à venir, l’adaptation aux changements technologiques, démographiques, climatiques et de consommation. Enfin attention aux risques politiques/géopolitiques qui ne manqueront pas comme d’habitude.

Les profits des entreprises : la principale et fondamentale source de performance des actions devrait continuer d’augmenter dans les années à venir et ce même avec une croissance mondiale plus stable et sans inflation. L’innovation (pas seulement technologique) restera la variable la plus importante dans la création de nouvelles sources de profits pour les années à venir, notamment dans les thèmes sur lesquels nous sommes déjà investis : le vieillissement de la population (y compris en Chine), la sécurité globale (informatique, physique, intellectuelle, alimentaire, etc.) ou encore la technologie et la numérisation d’une partie de l’économie. Autre phénomène côté entreprises : la concentration et la transversalité : les grandes entreprises (cotées) atteignent une taille jamais vu jusque-là et pas seulement dans leur activité historique, leur permettant ainsi de capter une part de plus en plus importante de l’économie mondiale. Internet en est un bon exemple : la toile semble infinie mais en réalité la plupart d’entre nous n’utilisons qu’une dizaine de sites dans 99% des cas, que ce soit Facebook (dont Messenger et Whatsapp), Google (dont Gmail) ou encore Amazon. Ce dernier a d’ailleurs bien compris l’intérêt d’être l’un de ces quelques intermédiaires numériques auprès des clients à travers le monde avec les tests importants en cours (livraisons, utilisation de la robotique et développements technologiques très évolués comme « Amazon Echo » par exemple). Un conseil sur ces valeurs « numériques » : ne prenez que les leader des secteurs rentables (Google, Facebook, Amazon) tous les autres vont probablement disparaître (sauf révolution interne et externe, les Twitter, Uber et autres Snapchat ne survivront pas dans leurs configurations actuelles, cela ressemble de plus en plus à une bulle en termes de valorisations).

La numérisation : c’est le plus grand changement à venir avec l’arrivée massive de la robotique, de l’automatisation, de l’économie numérique et de l’économie du partage. Ce n’est que le début de ces changements disruptifs et le potentiel est gigantesque : les 5 prochaines années devraient nous en donner un aperçu avec des changements sans précédent sur le monde actuel. Ce mouvement n’est pas seulement interne au secteur technologique, il touche tous les secteurs : l’ensemble de l’activité économique se fera avec, pour ou à partir de ces outils numériques. Dans le portefeuille il n’y a pas de changement sectoriels à faire selon nous puisque nous pensons que cela touchera bien l’ensemble de l’activité économique : de la grande distribution (dont Amazon et Google feront probablement partie d’ici là) à la médecine (applications avec diagnostics et conseils en ligne) en passant par l’automobile (voitures automatiques et connectées) : en réalité la totalité du marché est déjà exposé d’une manière ou d’une autre à la numérisation et cette exposition va continuer d’augmenter.

La consommation : elle devrait continuer d’augmenter également, notamment grâce au développement rapide d’une classe moyenne dans les pays émergents comme la Chine par exemple. Ce développement se fera avec d’importants changements impliqués par le vieillissement de la population et la numérisation d’une partie de l’économie, mais aussi le passage de la propriété à l’utilisation : tout se loue désormais et de moins en moins de choses s’achètent, l’exemple du secteur automobile est un modèle qui devrait se développer dans de nombreux autres secteurs. Les impacts sur la stratégie de production et sur l’organisation des entreprises seront importants, et leur capacité d’adaptation à ce nouveau mode de consommation sera crucial pour leur avenir (pour reprendre l’exemple du secteur automobile : que faire des voitures en location longue durée à la fin du bail ? comment gérer l’arrivée des voitures autonomes ? des sites de co-voiturage ? de la transition environnementale ? le secteur devrait être l’un des premiers touchés par ces changements et il sera très intéressant de voir comment il va s’adapter).

Une croissance mondiale toujours solide et désormais beaucoup plus diversifiée, moins liée à un ou deux pays comme ce fût le cas par le passé. Sur ces 5 ans à venir il faudra faire attention à la Chine et à ses problèmes de surinvestissement/bulle immobilière (l’investissement représente toujours plus de 40% de la croissance Chinoise, ce taux devrait progressivement tomber en dessous de 30% pendant que la consommation devrait prendre le relais), le pays devra réussir une transformation profonde pour devenir la première économie mondiale à la fin de cette période, il restera en tout cas un soutien fort à la consommation et à l’investissement mondial (et donc un problème de taille en cas de déception). Dans le même temps l’Inde ne semble pas prête pour prendre le relais de moteur de la croissance mondiale jusqu’ici porté par son voisin, et même si le pays avance il ne devrait pas pouvoir assumer ce statut durant les 5 prochaines années (mais plus tard probablement), son développement ne devrait pas être aussi spectaculaire que celui de la Chine. Les Etats-Unis, l’Europe et le Japon semblent avoir atteint leur potentiel de croissance et devraient garder un rythme proche des niveaux actuels. L’Amérique Latine devrait continuer de souffrir de ses problèmes structurels et l’Afrique devrait malheureusement encore rester la grande absente du monde économique ces 5 prochaines années. Globalement 4 blocs économiques importants continueront de prendre forme : US, Zone Euro (sans le Royaume-Uni donc, et sous réserve d’autres sorties d’ici là), Chine et Inde (et la Russie uniquement militairement). Concernant le PIB de manière générale : les données utilisées semblent de plus en plus obsolètes, notamment parce qu’elles ne font pas apparaître l’effet de base (1% de croissance de la richesse d’aujourd’hui c’est 3% d’il y a quelques années) mais aussi parce que toute la nouvelle économie du partage n’y est pas comptabilisée (et c’est un montant important).

Démographie : de plus en plus déséquilibrée, trop forte à certains endroits (Afrique et certains pays Asiatiques) ce qui est un frein au développement, trop faible à d’autres (Europe, Japon mais aussi Chine désormais) ce qui pose un problème de soutenabilité du système, la maîtrise démographique est un enjeu important des 5 prochaines années (y compris en Europe entre vieillissement et immigration).

La relance budgétaire : que ce soit aux US ou en Europe les prochaines années devraient marquer le retour d’investissements publics importants (dernier rempart contre la déflation et le manque d’investissement général), rendus possibles par un environnement de taux qui reste extrêmement bas et des banques centrales qui jouent le jeu. Les 5 dernières années avaient été celles des relances monétaires par les banques centrales, ce qui avait fortement soutenu les obligations via la baisse massive des taux, les 5 prochaines devraient plutôt être celles des relances budgétaires (via les gouvernements donc) et cela est en général un soutien plus important aux actions. Côté entreprises toutefois attention au manque d’investissement qui sera un frein à la croissance de demain, pour les grandes entreprises cotées le choix de passer la très grande partie des profits dans les dividendes et les rachats d’actions plutôt que dans l’investissement en est un très clair exemple et ce sera un problème à terme.

Climat : l’acceptation du changement climatique aura favorisé le développement et la recherche de solutions alternatives ces dernières années, ce qui donne naissance à de nouvelles activités liées à cette révolution environnementale qui, même si elle arrive trop tard, devrait continuer de se développer dans les années à venir. Ce sera un thème d’investissement important pour les prochaines années, pas seulement sur le thème de la protection de l’environnement et du développement écoresponsable mais aussi sur celui de l’adaptation aux changements climatiques actuels (protections matérielles et immatérielles contre les phénomènes climatiques extrêmes, assurances, etc.).

Matières premières : elles devraient bénéficier d’une hausse de la demande mais en même temps de la pression baissière de l’innovation technologique, de l’optimisation et de la révolution environnementale en cours, l’Inde sera un soutien à un moment ou à un autre, mais probablement pas de suite. Nous continuerons à ne pas investir sur les matières premières.

Devises : la guerre entrevue ces dernières années devrait continuer de reculer, avec une coordination importante des banques centrales (comme nous l’avons vu en 2016 déjà) et une sorte d’accord informel (celui qui doit laisser filer sa devise peut le faire mais temporairement, exemple récent de la Chine ou de la Zone Euro). Nous ne pensons pas que les banques centrales puissent revenir sur une guerre des devises telle que nous l’avons vu dans les années 2014 ou 2015, notamment parce que c’est un jeu sans fin et à somme nulle (voire négative si l’on considère les tensions politiques que cela génère). Nous n’avons donc pas de fort biais particulier sur les devises pour les années à venir (en dehors d’une protection contre le Yen pour nos actions Japonaises) contrairement aux dernières années où nous avions une forte conviction sur le dollar US (qui nous semble avoir fait la majeure partie de sa revalorisation).

Private Equity (FIP, FCPI) : toujours des entreprises mais non-cotées cette fois, plus petites et locales, avec une part de risque plus importante mais un potentiel conséquent aussi. C’est une diversification intéressante et n’étant pas cotées ces actions ne souffrent pas de la volatilité des marchés. A ce jour nous regardons ce thème avec un grand intérêt et cherchons à y augmenter nos positions durant les prochaines années. Le thème est déjà très développé aux Etats-Unis et l’Europe devrait suivre.

Risques et tensions (applicables à tous les actifs mais comme les actions sont toujours les plus touchées nous allons aborder le sujet ici) : comme toujours les actions sont la variable d’ajustement en cas de problèmes (politiques, économiques ou sociaux), nous aurons sûrement d’autres périodes de tensions durant ces 5 prochaines années comme c’est toujours le cas (ce qui ne nous a pas empêché d’afficher une performance de 60% ces 5 dernières années). Pour le moment il n’y a pas de grand déséquilibre financier qui menaceraient à court terme, à plus long terme il faudra rester attentif aux marchés obligataires (et aux dettes publiques donc) ainsi qu’à la situation économique Chinoise (surinvestissement/surcapacité).

Le risque se situe donc presque exclusivement du côté politique/géopolitique :

Zone Euro : nous allons être vite fixés, après le Brexit en 2016 beaucoup d’autres élections se dérouleront en 2017 : en France, en Allemagne, en Italie et aux Pays-Bas (soit les deux tiers de la zone en termes de population et de PIB). Ce sera l’occasion de voir si nous avons toujours un avenir commun puisque beaucoup semblent oublier tout ce que nous apporte l’Europe en termes de stabilité financière (banque centrale, taux et devise) et économique (si nous avions réussir à en faire un pays ce serait la première économie du monde avec un PIB supérieur au PIB US). Le Brexit ne nous aidera pas : les partis anti-Européens vont affirmer qu’on peut désormais sortir de l’Europe sans problème alors que le Royaume-Uni n’a même pas encore fait sa demande de sortie et que même le jour où ils seront effectivement sortis il faudra encore attendre 2/3 ans avant de pouvoir faire un constat sérieux, de plus ils n’avaient pas à changer de monnaie ni de banque centrale comme cela pourrait être le cas pour d’autres. Le reste du monde (US, Chine, Inde et Russie surtout) n’attend que ça : voir la potentielle première économie du monde s’autodétruire pour rester chacun dans son coin, comme si la Catalogne ou l’Autriche avaient une quelconque chance dans le futur échiquier mondial. Début de réponse le 15 mars aux Pays-Bas.

Côté Américain : il faudra probablement séparer les deux politiques extérieures à venir : celle du président et celle du reste du pays, qui ne vont pas aller forcément dans le même sens. On peut s’attendre à un rapprochement avec la Russie, notamment sur la question du Moyen-Orient (qui devrait rester le principal problème géopolitique mondial), on peut aussi s’attendre à plus de protectionnisme, mais en toute transparence il me semble impossible de faire une prévision de ce que sera la politique US désormais, on peut juste ajouter qu’en général c’est le congrès qui dirige le pays.

Côté Russe : le grand revenant sur la scène internationale, notamment grâce à l’absence des US durant le second mandat Obama, ce mouvement devrait continuer : le rapprochement éventuel avec les US et l’affaiblissement de l’Europe après le Brexit ne devraient qu’accélérer le retour de la Russie au tout premier plan mondial en termes militaires et géopolitiques (économiquement ça va rester compliqué). Côté expansion je vois plutôt sur une tentative au nord-ouest cette fois (via les pays Baltes ?) plutôt qu’à l’ouest (maintenant que plus personne ne réclame la Crimée).

Côté Chinois : les risques semblent surtout internes, le parti devrait continuer d’ouvrir le pays petit à petit tout en essayant de maintenir un certain pouvoir, géopolitiquement l’éventuel rapprochement US-Russie et les premiers discours de Trump sur la Chine ne sont pas forcément de bonnes nouvelles mais le pays donne l’impression d’être centré sur ses problèmes pour le moment (sans oublier quelques sorties militaires maritimes face au Japon, aux Philippines et autres voisins préférés). Quid de la Corée du nord qui commence à être une sérieuse menace, ce problème devra être abordé durant les 5 prochaines années (ce qui avait été soigneusement évité par l’administration Obama notamment).

Côté Indien : là aussi des risques surtout internes notamment avec les équilibres religieux et ethniques compliqués qui composent ce pays dont la stabilité économique reste fragile pour le moment (même si le potentiel est gigantesque). Il est crucial que les réformes structurelles continuent de se mettre en place et que le pays maintienne une certaine stabilité économique, financière et sociale.

Globalement tous les changements évoqués ci-dessus ont déjà des conséquences visibles dans de nombreux pays développés : une partie de la population est en dehors du système (pour tout un tas de raisons) et la classe moyenne disparaît petit à petit (automatisation et concurrence/optimisation) d’où les idées alternatives comme le revenu universel par exemple (je pense qu’il sera mis en place durant ces 5 prochaines années). Les écarts (déjà importants) entre populations à l’intérieur d’un même pays devraient donc continuer de s’agrandir, portant avec eux les tensions sociales qui apparaissent déjà comme le principal problème (et que l’on retrouve dans ces risques politiques), accompagnées des questions climatiques et démographiques (retraites, vieillissement et immigration) qu’il faudra bien finir par aborder un jour.

Pour les 5 années à venir nous nous attendons à une hausse importante des marchés actions, avec bien sûr quelques périodes de tensions (notamment dues aux problèmes listés ci-dessus).

Obligations : après une période de rendements très élevés par rapport à ses fondamentaux, cet actif pourrait bien être beaucoup plus compliqué à lire ces 5 prochaines années : des taux historiquement bas qui ont touché un plancher, une inflation qui ne revient pas, des banques centrales au bout de leurs actions, mais une demande qui restera forte malgré des doutes sur les capacités de remboursement des dettes publiques (obligations d’Etats).

Les taux sont historiquement bas et c’est bien le problème : tant que les taux baissaient l’augmentation de la valorisation des obligations masquaient leur rendement réel (c’est le cas depuis trente ans) mais depuis que les taux ont arrêtés de baisser  il ne reste que le rendement réel des obligations et il est proche de 0 (voir négatif). Il ne faut pas en attendre grand-chose pour les 5 prochaines années : les taux devraient rester très bas et donc le rendement des obligations aussi (actuellement il y a environ 10 000 milliards $ de dettes à taux négatifs sur terre). Les taux et l’inflation ne reviendront pas sur des niveaux « normaux » à cause de la techno-déflation (voir articles précédents sur le blog), des banques centrales, du risque de faillites des Etats si l’on retrouvait un niveau de taux normal, mais aussi de liquidités trop abondantes sur terre qui finissent en majorité sur le marché obligataire (exemple en France). Egalement il semble y avoir un nouveau paradigme sur le marché de la dette : puisque l’épargne est trop importante par rapport à la demande, il semble que le taux ne soit plus le montant que souhaite percevoir le prêteur pour couvrir son risque et son rendement, mais qu’il soit juste le montant que l’emprunteur puisse payer, pour beaucoup de nos Etats c’est entre 0 et 1%.

Cela restera une valeur refuge pour une partie du marché (obligations US, Allemandes, Suisses ou Japonaises par exemple) mais le prix a payer est une absence de rendement (voir un rendement négatif). Sur la partie la plus risquée (Grèce par exemple) le rendement semble trop faible par rapport au risque : le fait que des pays comme l’Espagne, la France ou l’Italie empruntent moins cher que les Etats-Unis ne doit pas être vu comme quelque chose de normal, c’est certes la réussite de l’action de la BCE et de l’Europe dans son ensemble mais cela reste une anomalie sur laquelle nous ne préférons pas investir (la composante risque n’est presque pas intégrée dans la valorisation des obligations en Europe aujourd’hui).

Les banques centrales : responsables de cette baisse de taux historique (et donc de la performance des obligations ces 5 dernières années) elles sont au bout de leur programme sur la partie obligataire (ayant déjà racheté une bonne partie du marché en Europe par exemple) et ne semblent pas souhaiter pousser les taux en dessous de 0% de manière durable, mais plutôt rester entre 0% et 1%. Certains pays comme les US pourraient assumer des taux à 2 ou 3% mais ce n’est pas le cas de la majorité des autres pays développés (coincés entre risque déflationnistes et dettes publiques incontrôlables/incontrôlées), les taux US semblent donc contraints par l’extérieur (sous peine de voir le dollar s’envoler dans le cas contraire).

Dettes publiques et capacité de remboursement : si l’endettement des entreprises est correct par rapport aux moyennes historiques et la situation plutôt saine, les dettes publiques ont atteint des sommets bien plus élevés qu’en 2007 par exemple. Désormais à des taux proches de zéro il n’y a pas de risque de faillite imminente sur cette dette (merci la BCE) mais il y a un risque de perte de confiance dans le fait de voir nos gouvernements rembourser un jour ces dettes : je n’exclurai pas une annulation d’une partie des dettes publiques détenues par la banque centrale durant ces 5 prochaines années (reste à savoir quelle sera la contrepartie demandée par l’Allemagne, qui n’a pas de problème de déficit ou de dettes). Les dettes et déficits d’une bonne partie des Etats sont sur des niveaux records et semblent hors de contrôle (la volonté de rembourser un jour ces dettes ne fait même plus partie des discours politiques de nombreux pays), si l’on ajoute à cela le problème des retraites (qui sera le problème public majeur ces 5 prochaines années) et les dépenses de santé liées au vieillissement de la population (autre problème majeur à venir) on peut facilement imaginer le problème de financement des dépenses publiques dans les années à venir.

De la relance monétaire vers la relance budgétaire : comme nous l’avons dit plus haut cette transition devrait plutôt soutenir les actions et non les obligations, c’est donc un soutien de moins à cet actif par rapport aux 5 dernières années (même si une bonne partie de ces dépenses se retrouveront sur le marché obligataire via de nouvelles obligations d’Etats).

Les fonds diversifiés (actions et obligations) : comme nous l’avons dit le mois dernier, les 5 dernières années ont été globalement très intéressantes sur ce thème mais il nous semble que cette période soit arrivée au bout à cause de la partie obligataire : nous allégeons donc ces positions-là (qui restent cependant une bonne alternative pour ceux qui préfèrent rester sur quelque chose de défensif).

Les fonds euros (assurance-vie) : sont en grande partie composés d’obligations et sont donc concernés par tous les sujets évoqués ci-dessus (même si le risque y est plus faible car majoritairement investis sur les obligations d’entreprises et non d’Etats), pour les années à venir nous prévoyons une performance plutôt autour de 1% et conseillons donc de diversifier son assurance-vie le plus possible (suivant le profil de risque de chacun bien entendu).

Pour les obligations pour ces 5 années à venir nous nous attendons à un rendement bien plus faible (globalement inférieur à 2%) que ces dernières années, ainsi que la possibilité d’un effacement partiel de dettes coté public (via la banque centrale principalement).

Or : toujours aussi compliqué à lire, les 5 dernières années ont été particulièrement décevantes et nous maintenons notre conseil négatif sur cet actif : absence de rendement, visibilité compliquée sur les émergents, le dollar et absence d’inflation, valeur refuge incertaine. Cependant les niveaux actuels sont très bas et il pourrait y avoir quelques rebonds techniques comme ce fût temporairement le cas ces dernières années.

L’absence de rendement : l’or n’est ni un actif de croissance ni un actif de rendement, historiquement sa performance est très faible même si certaines périodes ont pu voir une augmentation (ou une baisse) importante de sa valeur. Ajusté de l’inflation le plus haut historique de l’or date toujours de 1981, depuis il n’est jamais revenu sur ces niveaux.

Dépendance aux pays émergents : et notamment à l’Inde, or même si nous sommes positifs sur le développement de ce futur géant il est possible que le marché intègre déjà trop d’attentes et qu’il y ait des déceptions en route (l’Inde ne peut pas relever les cours de l’or à elle seule actuellement).

Dépendance aux banques centrales, au dollar et à l’inflation (protection), ce qui devrait rester un aspect négatif pour les prochaines années (même si l’effet dollar aura bien aidé les détenteurs en euro ces dernières années, absorbant une partie importante de la baisse).

L’effet valeur refuge n’a pas fonctionné ces dernières années, mais il n’est jamais impossible que cela revienne à un moment ou un autre (notamment de manière temporaire, ce que nous avons pu voir déjà par périodes en 2016, les périodes de test ne manqueront pas en 2017 notamment avec toutes les échéances politiques à venir en Europe).

Pour les 5 années à venir sur l’or nous ne nous attendons pas à des résultats très positifs mais plutôt à une certaine volatilité.

Immobilier (de particulier) : un actif décevant sur les 5 dernières années malgré un environnement extrêmement favorable (baisse de taux historique et tensions sur d’autres actifs), les 5 prochaines années devraient rester compliquées en France : fin du soutien des taux, adaptation technologiques et environnementales coûteuses, salaires et inflation stables, mais toujours un soutien important des subventions et de l’épargne des particuliers. L’immobilier d’entreprise nous semble plus intéressant.

Les taux auront été un fort soutien ces 5 années mais ils ne pourront pas aller beaucoup plus bas durant les 5 prochaines, ce qui sera un soutien en moins pour l’immobilier (nous touchons un plancher après 30 ans de baisse continue des taux et d’endettement en hausse pour les ménages Français, ce qui avait expliqué la grande partie de la hausse immobilière des années 80 aux années 2000).

La démographie n’est pas bien orientée (population qui vieillit, taux de natalité trop faible) et le manque de nouveaux logements ne servira à soutenir les prix que dans les grandes métropoles, pour le reste du pays (nos départements notamment) l’offre reste supérieure à la demande avec un écart qui ne semble pas pouvoir être comblé prochainement. La différence entre le marché Parisien (qui doit être considéré comme un marché mondial et ne devrait pas être intégré dans les prix de l’immobilier national) et le marché en province devrait continuer de s’accentuer.

Les normes/améliorations technologiques/environnementales devraient mettre une pression supplémentaire sur le marché de l’ancien, contraignant les propriétaires à d’importants travaux pour rendre leurs logements attractifs (l’innovation dans l’habitat n’en est qu’au tout début, les logements connectés et indépendants/positifs en énergie vont arriver petit à petit, rendant les logements anciens beaucoup moins attractifs).

Les salaires et l’inflation (qui sont des fondamentaux des prix de l’immobilier) sont tous deux bloqués depuis des années et cela ne devrait pas changer dans les années à venir, pas de réelle place pour des hausses de prix donc (ce que la baisse de taux a masqué ces dernières années).

Les subventions, fort soutien de l’immobilier en France (environ 40 milliards par an via les allocations logement et niches fiscales notamment), devraient perdurer afin de soutenir ce marché très important pour l’économie nationale, c’est une garantie contre une baisse importante des prix mais c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles les prix sont toujours artificiellement surévalués dans la majeure partie du pays.

Les flux : malgré sa rentabilité réelle et son manque de liquidité cet actif est toujours perçu par l’épargnant Français comme une valeur refuge, cela devrait le rester dans les prochaines années et d’éventuelles tensions sur d’autres actifs pourraient amener une partie conséquente de l’épargne vers ce secteur, ce qui sera donc un soutien.

Gestion : autre paramètre très important pour l’immobilier : le maintenir en bon état avec des investissements réguliers (un bien immobilier perd de sa valeur chaque année par rapport au neuf en termes d’isolation, d’électricité, de prestations, etc.) et qu’en repoussant continuellement ces investissements il y a un risque que la facture au bout de 20 ans semble disproportionnée par rapport à la valeur réelle du bien. La gestion d’un portefeuille immobilier est essentielle, les SCPI sont une bonne alternative de ce côté-là, notre fonds Edissimo notamment.

L’immobilier d’entreprise est en bien meilleur santé, plus sain (moins subventionné) et c’est une alternative intéressante et complémentaire à l’immobilier de particulier, ce pourquoi nous utilisons notamment le fonds Prem’Opcimmo dans notre portefeuille (immobilier d’entreprises en Europe), qui offre un rendement net et une liquidité difficilement atteignables à atteindre sur le marché des particulier.

Pour l’immobilier de particulier pour les 5 années à venir nous nous attendons à une hausse à Paris ainsi que dans quelques métropoles, et une légère baisse globale dans le reste du pays (dans les mêmes proportions que ces 5 dernières années), la sélectivité sera toujours aussi importante. Pour l’immobilier d’entreprise nous voyons plutôt une hausse mais légèrement moins élevée que ces dernières années.

Monétaire et cash : aucun rendement. Le premier devrait rester toujours autour de 0 et nous n’en conseillons toujours pas, aucune amélioration à attendre de ce côté-là pour les 5 prochaines années. Le deuxième pourrait être utile temporairement en cas de marchés tendus ou de valorisations trop élevées, notamment en alternative à l’obligataire (qui jouait ce rôle jusqu’ici), mais attention toutefois à ne pas être trop optimiste sur les probabilités de déterminer le timing d’éventuelles baisses et hausses de marchés…

Pour le monétaire ces 5 années à venir devraient restées à 0%.

Conclusion : nos règles de gestion restent toujours les mêmes pour la gestion d’un patrimoine avec 4 règles principales : le cantonnement (définition d’un pourcentage du patrimoine financier soumis au risque, c’est valable pour chaque actif), la diversification (géographique, thématique, devise, différentes stratégies et sociétés de gestion), la volatilité (relativement faible par rapport au CAC 40 par exemple), et le suivi (via ces points mensuels notamment). La stratégie présentée concerne la partie dynamique du patrimoine. Les actions sont un actif rare aujourd’hui, car rentable mais aussi parce que ce marché est bien plus petit que le marché immobilier ou obligataire en volume : contrairement à ces deux derniers il n’y a donc pas assez d’actions pour tout le monde, chaque choc boursier pouvant ainsi être l’occasion d’écarter du marché une partie des investisseurs. On retrouve facilement la répartition de ces actifs dans le patrimoine des Français en regardant ces fameux graphiques où l’on voit que les 5% les plus aisés ont vu leur patrimoine augmenter beaucoup plus vite que le reste du pays : l’explication est simple, ces patrimoines sont majoritairement composés d’actions alors que le reste des épargnants détiennent les obligations et l’immobilier (qui progressent donc beaucoup moins vite). Nous préférons également investir majoritairement sur les entreprises (la vraie source de création de richesse économique) c’est-à-dire sur les actions. Ainsi nous avions au lancement de ces portefeuilles environ 70% d’actions et nous sommes désormais à environ 90%  (avec dans le même temps une exposition au dollar qui est passée de 50% à 30%). Du côté des obligations nous étions à environ 30% durant les premières années, aujourd’hui il nous en reste moins de 5% et à terme nous devrions être proches de 0%. Sur l’immobilier d’entreprise nous sommes à 5% et sur l’or et le monétaire nous restons à 0%. Ces 5 prochaines années devraient être passionnantes avec tous ces changements technologiques, environnementaux ou encore sociaux et nous ne manquerons pas de vous en faire part tous les mois lors du point mensuel. Concernant le résultat de notre stratégie ci-dessus : Rendez-vous dans 5 ans !

Les arbitrages : en ligne avec notre stratégie pour les prochaines années nous allégeons les lignes diversifiées afin d’alléger encore les positions obligataires et augmenter l’exposition actions en visant des lignes existantes relativement moins chères en termes de valorisation et exposées à des valeurs plus cycliques/« value ». Dans l’assurance vie la vente de CPR Croissance Réactive (10%) sera réinvestie sur First Eagle International (6%), Amundi Actions France (2%) et Amundi Japan Target (2%), pour le PEA les allègements de 5% d’Amundi Patrimoine PEA et de 5% de CPR Silver Age seront investis sur une nouvelle ligne d’actions Européennes Amundi ETF Beta Europe FR0013040292 à hauteur de 10% (les changements sont déjà visibles dans les tableaux PEA et Assurance-vie au début de ce point).

Bons investissements à tous, je vous donne RDV le 2 mars pour le prochain point mensuel, n’hésitez pas à nous contacter : votre conseiller habituel, le service CAMPG Gestion Conseillée (pggc@lefil.com) et moi-même (thomas.lombardi@lefil.com) sommes à votre entière disposition. Vous pouvez également retrouver plus d’information sur l’économie et les marchés financiers via mon compte twitter : @Tom_Lombardi

 

Les informations et analyses diffusées par Parlons Patrimoine ne constituent qu’une aide à la décision pour les investisseurs. La responsabilité de Crédit Agricole SA ne peut être retenue directement ou indirectement suite à l’utilisation des informations et analyses par les lecteurs. Il est recommandé à toute personne non avertie de consulter un conseiller professionnel avant tout investissement. Ces informations indicatives ne constituent en aucune manière une incitation à vendre ou une sollicitation à acheter.
Les investissements présentés ici sont dynamiques et présentent un risque de perte en capital
L’adaptation de nos propositions au profil d’investissement de chaque client suit 4 règles principales :
– Cantonnement : définition d’un pourcentage du patrimoine financier soumis au risque, avec un conseil et un suivi global sur la totalité des contrats intégrant ce risque (PEA, CTO et UC d’assurance-vie)
– Diversification : géographique, thématique, devise, différentes stratégies et sociétés de gestion, ne pas empiler du risque par des actifs identiques : lignes différentes entre PEA, CTO et UC d’assurance-vie
– Volatilité/Gestion du risque : risque global (volatilité) relativement faible (par rapport au cac40 ou aux actions en direct par exemple), complémentarité des lignes dans le but de construire un portefeuille équilibré
– Communication/suivi : SMS et article mensuel sur le blog parlons-patrimoine