Transmettre une entreprise en période de crise COVID 19 ?

La transmission d’entreprise après COVID 19

La crise sanitaire que nous traversons actuellement est également en train de générer une crise économique sans précédent. Elle impacte tout notre système économique mondial et nous en ignorons encore avec précision les répercussions. Les opérations courantes de transmission d’entreprises (en LBO ou à titre gratuit) sont freinées depuis 2 mois, certaines opérations ayant été avortées malgré les signatures de LOI voire de promesse unilatérale de vente.

S’agissant d’un phénomène non maîtrisé, le COVID 19 a mis le marché de la transmission d’entreprise en « pause ». Dès lors, qu’en est-il  pour les Dirigeants qui souhaiteraient tout de même céder rapidement leur entreprise ?

Vendre son entreprise :

Le problème majeur de la valorisation de son entreprise se pose alors. En effet, tous les spécialistes de la valorisation s’accordent à dire que les méthodes traditionnelles (multiples d’EBITDA, méthode des Discounted Cash flows, méthode patrimoniale…) ne sont plus totalement représentatives aujourd’hui car elles ne comprennent pas l’impact à moyen long terme du COVID 19 sur l’entreprise. Divers points d’attention sont alors soulevés : l’entreprise doit-elle investir pour vendre différemment ou pour mettre aux nouvelles normes sanitaires les postes de travail ? Qu’en est-il des commerces et surtout du CHR dans sa globalité ? Allons-nous demain modifier nos habitudes de consommation ? Comment traiter les dettes nouvelles notamment les PGE (prêts garantis par l’Etat) qui seront en grande partie mis en amortissement d’ici un an ? Comment mesurer le risque du poste créances clients sur certaines entreprises ? etc…

Face à ces incertitudes, deux hypothèses :

Soit le repreneur considère qu’il est au contraire opportun d’acheter maintenant afin de mieux négocier le prix, et s’accorde avec le vendeur sur une valorisation plus basse, soit le repreneur ne souhaite pas avancer dans l’inconnu et met son projet de reprise en attente.

Dès lors, il pourrait être envisagé une option « entre deux » permettant au cédant de vendre l’entreprise à un prix dont une partie serait payée à postériori, au regard de l’atteinte d’un résultat futur. Il s’agit de la clause d’earn out, qui divise le prix de cession entre :

  • Un montant fixe qui sera payé tout de suite 
  • Un montant variable, qui sera fonction des résultats postérieurs générés par l’entreprise

Cette option peut permettre de satisfaire l’ensemble des protagonistes, en rassurant le vendeur et l’acquéreur sur un prix final qui sera conforme avec la réalité du marché.

Un étalement de la cession avec un calendrier défini,  peut également être envisagé : une partie seulement des titres est cédée à un certain prix, un pacte d’associés conclu pour définir entre autre les modalités de la future cession des titres restant.

D’autres options peuvent être envisagées, mais chacune d’elle doit être étudiée à travers un prisme financier, juridique, fiscal et patrimonial.

Donner son entreprise :

Pour les transmissions à titre gratuit, familiales notamment, et si toutefois malgré la conjoncture les enfants restent convaincus de l’opportunité de la reprise, le moment pourrait se révéler opportun. En effet, lors d’une transmission à titre gratuit de l’entreprise, les droits de mutation inhérents sont liés à la valeur du bien donné. Aussi dans un contexte ou la valorisation des titres de  l’entreprise tend à être diminuée, il pourrait être judicieux de procéder à une donation. Encore faut-il rester cohérent dans l’évaluation, et appliquer une décote qui pourra être justifiée au regard de l’administration fiscale en cas de contrôle.

En réalité, ce moment compliqué pourrait bien dans certains cas s’avérer opportun pour transmettre ou se préparer à transmettre en structurant différemment son patrimoine. Une étude dans ce sens peut être réalisée et vous apporter des pistes de réflexion sur l’organisation de votre patrimoine professionnel et privé. Parfois, il faut savoir saisir les opportunités qui apparaissent dans les moments où l’on s’y attend le moins.